Présidentielle au Niger : Vers une première alternance sans les militaires

Présidentielle au Niger : Vers une première alternance  sans les militaires 

Après deux quinquennats à la tête du Niger, le président  Mahamadou Issoufou a décidé de ne pas modifié la Constitution pour briguer un troisième mandat pour briguer un troisième mandat. Une première dans un pays dans lequel les  régimes civils ont souvent été interrompus par des militaires. Désormais la course pour l’accession à la magistrature suprême doit se faire entre le dauphin désigné du Président sortant, Mohamed Bazoum les candidats de l’opposition.

Plus d’un demi-siècle écoulé après les indépendances, la plupart des dirigeants africains ont quitté le pouvoir contraints et forcés. Conséquence, la liste des présidents qui ont abandonné volontairement leur charge, soit qu’ils aient démissionné, soit qu’ils aient renoncé à se présenter ou à se représenter devant les électeurs, est courte. Et le Président du Niger Mahamadou Issoufou pourra, dans quelques mois, rejoindre, ce cercle très fermé des présidents africains qui ont volontairement quitté le pouvoir. En effet, après deux mandats passés à la tête du pays, ce dernier a décidé de ne pas modifier la Constitution pour briguer un nouveau mandat.  Le choix de son dauphin déjà fait, plus rien ne semble faire obstacle à ce « démocrate » de devenir  le premier président démocratiquement élu du pays à assurer une alternance pacifique à la tête du pays. Même si certains observateurs estiment que ce choix lui est imposé par une situation politique intérieure qui le fragilise, le président du Niger a, aujourd’hui, le mérite d’avoir renoncé à s’accrocher au pouvoir.

Promesse tenue

Niger, samedi 1er avril 2019. C’est à la télévision nationale nigérienne que le président  Mahamadou Issoufou annonçait qu'il « ne modifierait pas la Constitution pour briguer un troisième mandat à l'issue de son deuxième et dernier quinquennat légal en 2021 ». Dans une Afrique où ces genres d’annonce ont souvent servi à endormir l’opinion nationale avant les grandes échéances électorales, cette sortie de l’homme fort du Niger était vite prise comme un poisson d’Avril. Et bien non, Mahamadou Issoufou refusait ainsi son inscription sur la liste de ces mauvais élèves du continent dont l’ambition de s’éterniser au pouvoir a vite fait de sauter certains verrous de leurs différentes Constitutions. « Une de mes plus grandes ambitions, c’est d’organiser en 2021 des élections libres et transparentes et de passer le témoin à un autre Nigérien que les Nigériens auront choisi », a affirmé le président Issoufou dans un entretien à la télévision d’Etat, à l’occasion du premier anniversaire de son investiture pour un second mandat le 2 avril 2016. « Le Niger a besoin d’institutions démocratiques fortes » ajouta t-il. Se définissant comme « un démocrate dans l’âme », Mamadou Issifou confirmait ainsi son leadership. Déjà en 2011, lors de son investiture, Issoufou déclarait s’inscrire dans le respect de la limite des mandats présidentiels. Et les appels, en mai 2018, de deux acteurs de la société civile de la région de Zinder, Salissou Ibrahim et Issoufou Brah, appelant  le président Issoufou à briguer un troisième mandat en 2021 n’y firent rien. Au contraire ces derniers furent vite rattraper par la justice qui les condamna. Dans l’entourage même du président, des consignes ont été données pour de ne pas faire la promotion d’un troisième mandat. « Un troisième mandat au Niger signifie un coup d’État. Nous sommes un parti qui a comme ambition de stabiliser le pays pour progresser » avait même déclaré Mohamed Bazoum, le président du parti présidentiel, le Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme (PNDS).

Sur un continent où l’armée a toujours volé au secours des dirigeants qui s’accrochent au pouvoir la volonté du président Mahamadou Issoufou de respecter la limitation de mandants présidentiels demeure comme un éclair dans un ciel obscur. C’est la preuve qu’il existe belle et bien une vie après le pouvoir.  Les dirigeants africains devraient s’inspirer de son exemple pour éviter de subir des révolutions populaires qui ont déjà fait trop de victimes. La fondation Mo Ibrahim pourra enfin trouver un lauréat pour son prix. Une bonne nouvelle pour une récompense qui cherche éperdument preneur.

  

Mohamed Bazoumn, un choix légitime !

Le limogeage du ministre des Finances Hassoumi Massaoudou, par ailleurs secrétaire général du parti au pouvoir avait vite fait de mettre le puissant ministre nigérien de l'Intérieur dans la posture du dauphin de l'actuel président Mahamadou Issoufou qui ne se présentera pas en 2021. Son choix avait suscité beaucoup de remous mais Mohamed Bazoum, a fini par être investi candidat du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, au pouvoir) à la présidentielle de 2021. Et pour cause, l’homme a derrière lui certains poids lourds du régime à savoir Ouhoumoudou Mahamadou, directeur de cabinet de Mahamadou Issoufou, Foumakoye Gado, numéro deux du parti, ainsi que celui de nombreux caciques : Kalla Ankourao, Alkassoum Indatou, Issoufou Katambé, Maman Waziri, Mahamadou Karidjo, Hamadou Adamou Souley, Daouda Marthé et Hadizatou Ousseini. Ceux qui connaissent l’homme ne manquent pas d’adjectifs pour le décrire. Compagnon de route de Mahamadou Issoufou depuis plus de trente ans, ce quinquagénaire a désormais pour  mission de « préserver l’unité du parti et d’éviter la multiplication des ambitions ». Mais la route vers 2021 n’est pas dégagée. De l’avis de beaucoup, ses origines arabes – il est issu de la tribu des Ouled Slimane, ultra-minoritaire – pourraient être un frein. Et d’ici à la mi-2020, plusieurs adversaires risquent de se lancer. Derrière ses fines lunettes, l’homme parait toujours imperturbable face à cette éventualité et s’attèle, depuis déjà des mois, à finaliser ses différentes stratégiques pour 2021. De son entourage on avance que Bazoum a demandé aux secrétaires nationaux du PNDS de travailler sur trois thèmes : réforme de l’éducation, emploi des jeunes, bonne gouvernance. Un programme qui, selon nos sources, s’inscrit dans la continuité de celui qui avait assuré la réélection d’Issoufou en 2016.

 

Les forces en présence

Les présidentielles de 2021 s’annoncent comme un rendez-vous qui sera âprement disputé entre le dauphin désigné du président sortant et quelques ténors de l’opposition nigérienne. Arrivé, troisième lors de la présidentielle 2016, l’opposant Elh Seyni Oumarou du Mouvement national pour la société du développement (MNSD) a déjà annoncé sa candidature en Aout dernier. Pour sa part, le MODEN/FA Lumana Africa, principale formation politique de l’opposition nigérienne tient aussi son champion. L’opposant en exil, Hama Amadou a été désigné candidat à la présidentielle de 2021 par son parti. Condamné depuis à un an de prison dans une affaire de trafic international de bébés, ce dernier suspend sa participation à l’échéance électorale de 2021 à une décision de Niamey qui visiblement semble ne pas se presser. Mais vraisemblablement, celui qui était arrivé deuxième à la présidentielle de 2016, risque de se voir écarter du prochain scrutin en vertu de l'article 8 du code pour avoir été condamné à un an de prison dans une affaire de trafic international de bébés qu’il a toujours qualifié de complot politique du pouvoir pour l‘écarter. Ejecté du gouvernement à la suite de ce qui était qualifié par l’exécutif de « remaniement ministériel technique » l'ancien chef de la diplomatie, Ibrahim Yacouba entend fermement le rendez vous de 2021 pour conjurer ce qui était pour lui et ses proches une humiliation. A 46 ans, cet ancien inspecteur de Douanes formé à Niamey et à Casablanca et ancien leader syndicaliste connait bien le sérail politique autour de Mahamadou Issoufou dont il a été le directeur de cabinet adjoint après en avoir été le ministre des Transports. La route ne sera pas facile pour Yacouba qui pourrait faire les frais de dossiers judiciaires dans l'affaire Asusu, (mauvaise gestion présumée au sein de cette entreprise de micro-finance dirigée par Réki Djermakoye, épouse Yacouba, ndlr).

Dans un contexte où l’opposition semble affronter le parti au pouvoir en rang dispersé, l’alternance en vue se réalisera probablement au sein du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS). Considéré comme un des Etats les plus pauvres au monde, le Niger n’a jamais connu de vraie alternance démocratique au pouvoir depuis son indépendance en 1960. La première est programmée pour 2021.