Lutte contre la vente des sachets d’alcool : Le Togo  n’est pas pressé

Après le Sénégal, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, le Malawi et  la Tanzanie, c’est au tour du Burkina Faso de s’attaquer à la commercialisation des sachets d’alcool en plastique. Une décision qui intervint à l’heure où le fléau d’une tendance, vieille de plusieurs années continue de sévir sur le continent. Au Togo les autorités semblent ne pas se presser pour prendre une décision allant dans ce sens au moment où la consommation de ces produits nocifs pour la santé prend une dimension inquiétante.

Une vague d’interdiction

 

Sénégal, Cameroun, Côte d’Ivoire, Rwanda, Malawi, Tanzanie et tout dernièrement le Burkina Faso, la liste des pays africains qui interdissent désormais l’importation et la commercialisation des alcools  en sachets plastiques s’allonge. Dans ces différents pays, cette décision fait suite au constat selon lequel, ces sachets en plastique d’origine très douteuse représentent un vrai danger pour la santé des consommateurs parmi  lesquels on dénombre une proportion très importante des jeunes.  Les nombreux spécialistes de la santé contactés par notre rédaction sont unanimes : « Ces produits sont souvent fabriqués de façon frauduleuse et ne respectent scrupuleusement pas les bonnes normes de dosage ». « Ce n'est pas du bon alcool parce que ce n'est pas fabriqué dans de bonnes conditions. Cela nuit gravement à  la santé... » assurent-ils. « Ce n’est pas de bons alcools parce que ce ne sont pas des alcools qui sont fabriqués dans de bonnes conditions. Quand vous buvez ça, ça vous saoule direct, ça détruit la santé », rapportait Radio France Internationale  lors d’une longue enquête réalisée sur le sujet. Véritable danger, le whisky en sachet, la vodka ou d'autres liqueurs sont composés essentiellement de toxine telle que le méthanol. « Un produit dangereux pour l'organisme » concluent les spécialistes. Un constat qui nous édifie encore plus sur les nombreux problèmes de santé dont est victime la jeunesse africaine. On comprend finalement les pouvoirs publics qui prennent des mesures allant dans le sens de l’interdiction de la commercialisation  de ces produits au niveau local. Ces vagues d’interdiction vise avant tout à « préserver la santé des populations ». C’est d’ailleurs la raison officielle avancée dans ces différents pays dans lesquels la mesure d’interdiction est déjà effective. Même si en filigrane il existe aussi cette volonté de lutter plus efficacement contre la concurrence que ces produits de contrebande livrent aux brasseurs et importateurs légaux, il n’en demeure pas moins que c’est une interdiction qui  vise à réduire l'impact de l'alcool sur la santé des jeunes, des étudiants surtout. Cette mesure aussi impopulaire qu’elles puissent paraitre, au regard du nombre de consommateurs, est avant tout salutaire puisqu’elles visent le bien-être des populations. Elles devraient bien inspirer d’autres gouvernants. Mais au Togo on semble ne pas trop se presser.

Ça coule au Togo

 

Warba, café rhum, gin, vodka ….ces différentes gammes d’alcool en sachets plastiques sont presque connues de toute la population togolaise. Leurs  consommations font partie intégrante des habitudes alimentaires des togolais. Vendus à petite dose, ces berlingots  contenant de l’alcool, pourraient paraître inoffensifs. Seulement voilà : les pochettes sont chimiquement fabriquées et de façon frauduleuse, offrant une qualité qui laisse à désirer. « En effet, les fabricants ne respecteraient pas les normes de dosage » nous renseigne un toxicologue rencontré au CHU Sylvanus Olympio de Lomé.  

 

Facilement dissimulables dans des poches de pantalons ou des sacs d'écoliers, ils entrent facilement dans les salles de classe. « Dans certains établissements scolaires, on peut ainsi voir des jeunes élèves "sucer", entre deux cours, des sachets de 50 millilitres » nous renseigne Monsieur Kpodar, directeur d’une école à Lomé. Pour la plupart des cas, ces alcools sont utilisés comme apéritifs. Il n’est pas aussi rare de les voir sur les lieux de réjouissance et dans des soirées des jeunes. Ces alcool en sachets rivalisent même avec le vin de palme local et sont bien visibles dans les cabarets et devant certaines boutiques d’alimentation générale à travers les villes de Lomé. Une place de choix accordée à des boissons dont les origines et la qualité sont d’ailleurs douteuses. Boissons importées, le consommateur togolais ignore tout sur les conditions dans lesquelles elles ont été fabriquées. Pire, certains esprits malins avides d’argent se sont lancés aussi dans la contrebande de ces produits. Et c’est cette dernière gamme qui inonde de plus en plus le marché togolais et que consomme cette jeunesse en manque de repère. Au moment où des pays s’activent pour lutter contre l’importation de ces sachets d’alcool, la préoccupation pour le moment est le permis de conduire que doivent avoir tous les conducteurs de moto. Couche professionnelle dans laquelle ont dénombre de nombreux consommateurs de ces substances. « C'est du whisky et du gin, ça coûte 100 ou 125 francs CFA. Ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter les bouteilles, ils prennent cela » nous confiait Jean, un conducteur de taxi moto d’une trentaine d’année. « Parfois quand on a froid, ça réchauffe un peu » ajoute Agossou, un de ses collègues d’un air souriant. Quand à la question de savoir que représenterait une décision d’interdiction de ces boissons, Emefa, une commerçante rétorque : « Ce serait injuste parce qu'il y a des familles qui vivent de ça ». « S'ils arrêtent, comment allons nous vivre ? » poursuit-elle. Non seulement cette dernière, mais c’est véritablement un groupe d’hommes d’affaires qui tirent d’énormes profits de la commercialisation des ces produits dangereux pour la santé. Mais pour la santé de la population il faut que le gouvernement agisse. Dans une Afrique où la jeunesse est de plus en tournée vers la consommation excessive d’alcool, il urge, à défaut de la lui priver, d’engager un véritable combat contre ceux qui ne sont pas de bonne qualité. Au lieu d’être spectateur  les autorités togolaises feraient mieux de s’inspirer  de ce qui se fait déjà ailleurs pour sauver encore cette jeunesse qui ne lésine pas sur les moyens  pour s’adonner à la consommation de ce produit qui est un véritable danger pour la santé.